Voici un aperçu du récit (imminent) de l'ascension du Toubkal, sommet du Maroc (et de l'Afrique du Nord). Ascension mémorable, pour cause de conditions de sécurité dramatiques. Inch'Allah, tout le monde s'en est sorti indemne, mais cela s'appelle jouer avec le feu.
Dimanche 2 avril
Réveil difficile pour une marmotte quelque peu essoufflée par trois mois de stage. Le marmotton aussi a du mal. Pourtant, il faut émerger puisque Maji (notre taxi driver) s'impatiente. Il est 4h30 du matin, direction Roissy.
Arrivée à Marrakech à 9h, heure locale. La température y est déja de plus de 25 degrés, et ne cesse de monter. Nous faisons connaissance avec le guide (premier accueil plutôt froid, du style : "Votre nom? ok. vous retirez de l'argent au comptoir derrière, le minibus part dans quelques minutes"... )
Et prends toi ça dans la g... petite marmotte. Nous, qui avions en tête une image d'Epinal de l'hospitalité marocaine et de la chaleur des guides locaux, sommes pour le moins surpris, plein d'espoir, malgré tout, que cela s'améliore.
Lisa débarque de Casablanca (à 3 heures de train de Marrakech) pour passer la journée avec nous, et nous voici en train de courir dans les ruelles salavtrices (car ombragées) de la Médina.
Nous voici, toutes deux, les joues recouvertes d'argile. Ahmed, l'herboriste, a décidé de prendre en main le soin de nos visages (et de nos portefeuilles).
"Et tu sais à quoi ça sert le Musc? Non, avant, tu sais c'est quoi le musc? La gazelle, elle a des cornes. Les cornes produisent une glande, la glande produit le musc, et moi je te vends le musc. le musc, ça vaut 3 dirhams le gramme. Mais comme vous êtes gentilles, je le fais à 2 dihams le gramme. Tu achètes le petit morceau? Viens, on pèse. 28 grammes. Bon, comme c'est pour toi, je te le fais à 50 dirhams. Tu en veux un autre? Quoi? Ce bocal? C'est du safran. Tu sais c'est quoi le safran? ..."
Le spitch dure le temps que vous pouvez le supporter. Quand vous en avez marre, vous appuyer sur le bouton stop et Ahmed sort sa calculatrice magique. Quant à vous, vous sortez très allégés (financièrement), et les bras chargés...
Soirée au restaurant avec les autres membres du groupe. Nous sommes 15, donc comme il serait long et fastidieux de faire une description de chacun d'eux, retenons quelques portaits :
Catherine, la dynamique infirmière, maman de quatre enfants qu'elle a élevé toute seule et qui s'offre pour la première fois de sa vie des vacances. Femme extraordinaire. Modèle de gentillesse. Vraie maman du groupe.
Rachel : l'aventurière. Non, c'est un terme mal choisi. Rachel est un drôle d'oiseau, perché sur la côte Atlantique, qui vit entre les urgences (elle y est médecin) et la planche à voile, le moto cross, la montagne, le VTT, le jogging et surtout sa maison qu'elle retape toute seule comme une grande. Une femme très solide, impressionnante de volonté.
Agnès et Jérôme : le seul couple marié du groupe. Parents de trois enfants. Il est avocat d'affaires à Lyon, elle s'est arrêté de travailler pendant trois ans à la naissance du dernier. Leur complicité fait plaisir à voir.
Et puis les autres : Christian (trader à Lyon), Paul (retraité hyperactif), Jean-Marc (pas à la retraite mais fait croire qu'il y est déja), Daniel et son fils Samuel, Thomas, Abdel, Ludovic (l'ex teuffeur) et Pascal.
Lundi 3 avril : début du trek
Un minibus nous emmène à Siddi Fatma, au coeur de l'Atlas. Maintenant, c'est à nos jambes de travailler
Nous traversons des villages d'une pauvreté incroyable. Les rues sont des poubelles, les enfants ont le visage recouvert de pustules. Sensation étrange. Envie de fuir de l'avant, de ne pas voir ces marmots qui nous hèlent en mendiant des dirhams, des bonbons, des stylos. Impression de leur voler leur seule propriété : la jouissance de ce lieu paisible, qui, s'il ne leur apporte pas l'abondance, offre à leur misérable vie un cadre de rêve.
Les montagnes, avec leurs sommets enneigés apparaissent au dernier plan. Devant elles, se dressent d'autres montagnes, moins hautes, plus arides, avec cette terre rouge caractéristique de cette région de l'Atlas. Au pied de ces montagnes, des vallées sinueuses au creux desquelles coulent des rivières. Sources de vie, elles permettent aux autochtones de cultiver l'orge sur des terrasses. Les terrasses constituent le principal paysage botanique que l'on croisera durant cette semaine.
Voici quelques clichés
nous dormons cette nuit-là à Agouns, ce qui signifie "fond" : nous sommes réellement en fond de vallée
"Douche" glacée dans un torrent, que les paysans ont aménagé en canal. L'eau descend des glaciers qui surplombent le village. C'est froid. Très froid. Et la température chute rapidement, une fois que le soleil finit sa course dans les montagnes. La toilette devient l'un des grands moments de la journée. Heureusement, les hurlements de Catherine et les fous rires de Rachel aident à faire passer la pilule!
Première nuit en tente, après avoir dégusté l'excellent tajine préparé par Mohammed.
Mardi 4 avril
Montée au col qui domine Agouns. La vue de la vallée, au fur et à mesure qu'on prend de l'altitude, est extra : les terrasses finissent par se confondre les unes avec les autres.
un roulau de papier toilette s'échappe. merci christian pour ce moment d'émotion. Le col se situe à plus de 3000 mètres, les névés ne sont pas loin.
Les mules suivent tant bien que mal
Et nous descendons sur Oukaimaden, station de ski balayée par le vent.
Nous campons dans une vallée en marge de la station, sur le chemin qui nous mènera au col du lendemain. C'est dans une atmosphère très étrange que nous mangeons et dormons ce soir-là. Le vent est tel que nous pensons à chaque instant que notre tente est en train de ficher le camp et qu'il va falloir en pyjama ou à poil pour certains, courir après et la rattraper avant qu'elle ne finisse dans le ruisseau.
Demandez à Jérôme, il en sait quelque chose. Heureusement que des âmes charitables ont retrouvé son slip (jérôme a tenu a précisé qu'il en avait d'autres, et que par conséquent, il était déplacé de parler "du slip"...)
Mercredi 5 avril
Très belle journée.
Montée à un col de plus de 3000 mètres.
Voici l'un des muletiers.
Et voici Catherine, toute sage, sur sa pierre.
Descente sur le village de Tashdirt
jérôme et agnès en pleine séance d'acrobatie
Pour résumer : nous sommes à 3000 mètres. Il faut descendre jusqu'au fond de la vallée que l'on aperçoit en contrebas. Puis, emprunter le chemin que l'on voit sur le versant d'en face afin d'atteindre le col qui apparaît à droit de la photo...
Vue panoramiques sur les terrasses de la vallée de Tashdirt
Et voici le village de Tashdirt, enserré entre les terrasses où l'on cultive l'orge.
Terrasses, pour changer. Qu'elle était verte, cette vallée!
Donc, nous déjeunons quelque part au fond de vallée, remontons jusqu'à un autre col. Puis redescendons sur le village d'Ait Soukhal où nous passons la nuit.
Jeudi 6 avril : Montée en refuge (veille de l'ascension)
Rien de particulier à préciser, si ce n'est que c'est interminable. Et très beau.
Vendredi 7 avril : sommet
Bon, on ne s'attardera pas longtemps à décrire le matériel qui nous a été fourni (puisque nous étions quasiment pas équipés... oui oui, sur des névés gelés entre 3200 et 3800 mètres avec des crampons pourris, sans sangles ou sans pointes, sans piolets, sans cordes... Et puis sur des pierriers entre 3800m et 4200m sans casques. Tout va bien... Sauf que nous n'en menons pas large, mais alors pas large du tout.
Le guide brille par son absence (concrètement, il a filé droit au sommet en se contrefoutant des membres du groupe n'avançant pas à son rythme... Et une fois au sommet, il a filé droit en bas). Julien et moi avons cherché le chemin de descente, nous égarant dans les névés et pierriers qui finissent par tous se ressembler.
Bon, le sommet est dans la poche, nous sommes indemnes, donc tout va bien (dixit Omar). Mais j'ai l'impression d'avoir pris un par un tous les préceptes que l'on m'a enseignés sur la sécurité en montagne. Puis d'avoir fait strictement l'inverse. Nous sommes tous sous le choc.
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